Allocution de M. Christophe Godel

christophe_godelAllocution de l’abbé Christophe Godel, vicaire épiscopal du canton de Vaud, à Lausanne


Il y a un très beau document préparé de manière œcuménique pour la commémoration de la Réforme, « Du conflit à la communion », que je ne peux que vous recommander. Il réinterprète en particulier l’histoire en montrant que Luther n’a pas voulu créer une division avec ses 95 thèses, et que l’Eglise catholique n’a pas su alors entrer dans le débat qu’il proposait.

Ce document reprend la première lettre de Saint Paul aux Corinthiens pour expliquer pourquoi la commémoration d’une Église ne peut pas se faire sans ses frères dans la foi (cf. n° 221) : « Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est glorifié, tous les membres partagent sa joie », (1 Co 12, 26). C’est pourquoi nous sommes heureux, nous chrétiens catholiques, d’être avec vous ce soir pour ouvrir cette année commémorative à laquelle nous participerons encore de multiples façons jusqu’à sa clôture.

Ce lundi, le pape François était en Suède pour également participer à l’ouverture de cette année du 500ème. Permettez-moi de reprendre quelques paroles qu’il a prononcées : « […] dans le contexte de la commémoration commune de la Réforme de 1517, nous avons une opportunité nouvelle pour prendre un chemin commun […]. Nous ne pouvons pas nous résigner à la division et à l’éloignement que la séparation a provoquée entre nous. Nous avons l’occasion de réparer un moment crucial de notre histoire, en surmontant les controverses et les malentendus qui souvent nous ont empêchés de nous comprendre les uns les autres. […] Jésus intercède pour nous […] auprès du Père et il lui demande l’unité de ses disciples « pour que le monde croie » (Jn 17, 21). C’est ce qui nous réconforte et nous encourage à nous unir à Jésus pour lui demander avec insistance : ‘‘Donne-nous le don de l’unité pour que le monde croie dans le pouvoir de ta miséricorde’’. C’est le témoignage que le monde attend de nous. »

Afin de contribuer à avancer de manière résolue vers cette unité toujours plus grande entre nous, je vous propose, à la manière de Luther, quelques thèses. Rassurez-vous, je n’en ai pas prévu 95 ; j’en ai fait qu’un dixième. Donc je vous en propose 9 et demi. Je vais dès demain les diffuser dans notre Église catholique pour que nous puissions tous participer à cette réflexion qui nous aidera à avancer ensemble. Voici donc ces thèses :

1.      L’unité est le désir du Christ, pour lequel il a prié (Jn 17). L’Esprit-Saint en est le grand artisan. Pour celui qui se dit chrétien, l’œcuménisme fait donc partie de son identité : elle n’est pas une option, mais un devoir.

2.      Chaque Église a sa richesse à laquelle elle ne peut pas ni ne doit renoncer. On ne peut jeter par-dessus bord ce qui nous a porté jusque-là. Et nous ne devons pas attendre cela de nos frères et sœurs d’autres confessions chrétiennes. Ni eux, ni nous ne pouvons devenir infidèles.

3.      Notre identité chrétienne est marquée par notre confession, son histoire, sa mentalité, ses rites, ses convictions de foi, sa structure, en un mot : sa richesse. Le dialogue œcuménique est un échange de dons, un partage des richesses.

4.      L’œcuménisme n’est donc pas de se mettre d’accord sur le plus petit dénominateur commun. Il n’est pas un processus d’appauvrissement. Mais il est une croissance, un apprentissage, un gain, un processus d’enrichissement réciproque. Nous devons devenir une bénédiction les uns pour les autres. Il s’agit de participer à nos richesses respectives, et à se réjouir de voir l’action de l’Esprit-Saint chez les autres.

5.      L’unité est un don de l’Esprit de Dieu. C’est Lui qui peut toucher les cœurs, les ouvrir à la vérité de l’autre et allumer l’amour pour l’autre. Nous, nous pouvons préparer le terrain, enlever les obstacles, créer les conditions pour se rencontrer.

6.      L’œcuménisme spirituel est le cœur de l’œcuménisme. Tout chrétien a accès à la prière. Sans une spiritualité de l’unité et de la communion, l’unité institutionnelle manque de vie. Une spiritualité de communion veut dire accepter l’autre dans son altérité, voir en lui un cadeau qui m’est fait, porter le fardeau de l’autre, partager ses joies et ses peines.

7.      L’œcuménisme est un défi à vivre : retrouver la vie commune, apprendre à beaucoup mieux nous connaître. Bien qu’il y ait certaines choses que nous ne pouvons pas encore faire ensemble, nous serions bien plus avancés si nous faisions et vivions ensemble tout ce qui est possible dès maintenant. Et c’est un beau témoignage que de montrer qu’on peut vivre ensemble, même s’il subsiste des divergences sur l’un ou l’autre point.

8.      La route de l’œcuménisme n’est pas une piste illuminée de bout en bout. Nous avançons comme avec une lampe qui n’éclaire la marche qu’à mesure de la progression. Cette lampe, c’est la Parole de Dieu. Il y a assez de lumière pour chaque jour et pour le pas suivant.

9.      Ce serait une erreur de refuser d’avancer simplement parce que le dernier pas n’est pas encore clair. Il importe de faire ici et aujourd’hui ce qui est faisable, nécessaire, possible. Nous ne sommes pas maîtres de l’histoire. C’est un Autre qui est le Maître. Il suffit de s’en remettre à lui, à l’Esprit qu’il a promis.

9.5 + Que l’Esprit de Dieu nous unisse toujours davantage et nous aide à suivre Jésus Christ pour construire ensemble la grande famille des enfants de notre Père qui est aux Cieux.

Abbé Christophe Godel, 4 novembre 2016, Culte d’ouverture du Jubilé des 500 ans de la Réforme, Église St-François de Lausanne

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