Allocution de Mme Béatrice Métraux

beatrice_metrauxAllocution de Béatrice Métraux, Conseillère d’Etat. Lancement du 500ème anniversaire de la Réforme à Lausanne.


Eglise de St-François, Vendredi 4 novembre 2016

Monsieur le Président du Conseil synodal,
Monsieur le Vicaire Episcopal,
Monsieur le Syndic,
Mesdames et Messieurs en vos titres et fonctions,

C’est la bonne nouvelle ! Nous y sommes ! Voilà le moment de célébrer le 500ème anniversaire de la réforme. C’est un jubilé important, pour toute la communauté réformée c’est certain, mais également pour tout le Canton et ses habitants.

Un tel événement cela se fête ! Et au nom du Conseil d’Etat, je vous salue toutes et tous et me joins à votre enthousiasme pour le lancement de ces festivités.

Lors de tout anniversaire, il nous est donné de faire le bilan, de prendre de la distance avec le quotidien et de mesurer le chemin parcouru. En 500 ans, quel chemin parcouru ! Mais au-delà des dates et des personnalités qui ont contribué à la construction de cette histoire de la Réforme, ce sont  les nombreux héritages que cette dernière a laissés à notre société qu’il convient de faire ressortir.

Et comme représentante du Conseil d’Etat, et donc d’un exécutif cantonal, je ne peux m’empêcher de penser au fédéralisme. Le fédéralisme a une dimension profondément reliée à la Réforme, car au fond, il n’est pas étranger à la vision que chacun est en lien direct avec Dieu, par sa seule grâce et par la seule bible.

Il s’agit d’une alliance, d’un pacte direct entre Dieu et les humains. Mais il y a aussi le pacte social, la construction d’une société qui se fait directement entre hommes eux-mêmes. Dans ce système, le roi n’existe plus, et l’horizontalité entre les hommes est consacrée, et la Constitution cette fois sert de texte fondateur.

Le fait que la Suisse se confédère au moment où certains cantons tournent le dos à Rome tandis que que d’autres réaffirment leur fidélité catholique. Ce fait-là était inimaginable en Europe d’alors. On pourrait être tenté d’affirmer que sans la Réforme, il n’aurait pas été possible de créer la Suisse, c’est-à-dire une Suisse fédérée, cette confédération d’états qui s’élève malgré et même au-delà des clivages religieux.

Cet anniversaire est aussi marqué sous le sceau de l’œcuménisme. Et s’il est vrai que les 400 ans ont été célébrés dans une époque troublée et avec une tendance au repli identitaire, le 500ème, lui, célèbre l’ouverture.

Comme vous le savez, le Pape François 1er était en début de semaine du côté de Lund, en Suède, pour célébrer ce jubilé avec les protestants et même au côté d’une femme pasteure.

Nous lançons aujourd’hui les festivités vaudoises à l’Eglise St-François. Tout un symbole.

Cet œcuménisme doit être encouragé ici dans le Canton de Vaud, et en Suisse, et je me permets d’ajouter partout dans le monde, lorsque l’on est attentif aux développements en la matière en Amérique du Sud en particulier.

En tant que Cheffe du Département des Institutions et de la sécurité, j’ai l’honneur d’être en charge du lien entre l’Etat et les Eglises ainsi que les communautés religieuses. A ce titre, je me félicite des très bonnes relations que nous avons avec l’EERV, et en particulier le Conseil Synodal.

Ces relations se basent notamment sur un cadre constitutionnel clair qui reconnait à l’église évangélique réformée vaudoise, tout comme à la Fédération catholique vaudoise, le statut d’institutions de droit public. A ce titre, l’Etat reconnait la contribution des Eglises à la création du lien social, à la transmission de valeurs fondamentales et au raffermissement de la cohésion sociale.

Ce système est prolongé avec  la possibilité de reconnaître les autres communautés religieuses entant qu’institutions d’intérêt public. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est qu’après la reconnaissance de la communauté israélite dans la Constitution de 2003, nous avons reçu ce lundi la première demande de reconnaissance conjointe de la part des communautés anglicane et catholique chrétienne. C’est une  première historique pour le Canton.

L’on retrouve ici la notion d’ouverture. Car  cette reconnaissance implique avant tout un acte de connaissance. De connaissance de l’autre, dans son altérité, sa différence, mais aussi dans ses possibles similitudes.

Et ce mouvement vers la connaissance concerne aussi bien celui qui reconnaît que celui qui demande à être reconnu. Il est ainsi constitutif du lien social, élément ô combien essentiel dans notre société que trop individualiste.

Les réformés, en s’ouvrant au monde, en partageant leur cheminement, leur foi, leur différentes « sola », et en particulier leur « sola gratia » et « sola scriptura » autrement dit La Bible, nous invitent à la rencontre et à la découverte.

En faisant ce travail d’introspection de son histoire, cela permet de savoir d’où l’on vient, mais comme le veut la formule, cela permet également de mieux comprendre où l’on va. Et c’est là que ces réformateurs, ces protestants, nous rappellent leur courage d’alors. Certes, dans tout courant religieux général, il y a du bon grain et de l’ivraie. Quelques mouvements protestants de par le monde n’y échappent pas, qui avancent des théories plus que discutables. Que ces théories deviennent des dogmes pour s’ériger en obstacle à la vie en société, on ne saurait alors les accepter. Mais cela n’ôte rien au fait que les réformateurs, ces protestants, sont, au-delà de leur contribution théologique, très importante pour les Chrétiens, des acteurs de la transformation sociale de l’époque.

En ce sens, ils peuvent être vus comme des figures, des inspirations pour nous inviter à lutter contre certaines dérives de notre monde actuel.

Oser penser… aimer croire… pouvoir agir… avec ces verbes « slogans » du 500ème de la Réforme, que l’on peut s’amuser à recomposer, je perçois cette envie du renouveau, cette envie de la rencontre et cette envie de pleinement participer à la société.

Je vous en félicite ! Et je suis enchantée de savoir que Lausanne, la capitale du Canton, va devenir d’ici quelques instants, officiellement cité européenne de la réforme.

Je vous remercie toutes et tous, notamment pour ce merveilleux culte que nous venons de vivre ensemble, et vous souhaite une belle fête et une année de commémoration pleine de richesses et d’émotions.

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