Pierre Viret au risque de la prédication

Texte de Pierre Burki, journaliste et théologien.

Absent du Mur des Réformateurs à Genève, le Vaudois Pierre Viret se serait-il fait voler la vedette par les prédicateurs venus de France? Il aura en tout cas fallu attendre 500 ans avant de voir son oeuvre rééditée. Méconnu, ce fils de tailleur né à Orbe en 1511 a pourtant étendu son influence au canton de Vaud tout entier, à la Suisse et jusqu’en France au gré de ses pas et des dangers. Rien ne l’y destinait. Il part étudier à Paris avec un avenir tout tracé : Pierre Viret sera prêtre. C’était sans compter sur les partisans de la Réforme qu’il rencontre dans la capitale. C’est la révélation. A son retour en 1531, Guillaume Farel, le convainc de prôner sa nouvelle foi. Pierre Viret fera son premier prêche le 6 mai et son premier baptême à la fin de l’année. Et en novembre 1532, il célèbre son premier mariage. Pendant ce temps, sa ville natale est soumise au bailliage commun entre Berne, canton réformé, et Fribourg, catholique. La vie est rythmée par des altercations de foi. Commence alors pour Pierre Viret, plus missionnaire que pasteur, une vie d’itinérance. D’Orbe à Payerne, puis Neuchâtel, mais surtout Genève, il y prépare la venue de Calvin qui sera longtemps son ami.

Mais risquée est la vie de prédicateur et convertisseur. Par deux fois, il frôle la mort. A Payerne, Pierre Viret est pris dans un guet-apens. Alors qu’il se rend au Conseil de la ville, il est attaqué et reçoit plusieurs coups d’épée dans le dos. Laissé pour mort, il s’en remet, marqué dans la chair par cet attentat. A Genève, alors qu’il partage un repas avec un des chauds partisans de la Réforme, Claude Bernard, la servante de la maison lui sert un plat empoisonné. Viret frôle à nouveau la mort. Si la femme est condamnée puis exécutée, jamais les commanditaires ne seront désignés. C’est seulement en 1536 que Pierre Viret atteint la gloire, lors de la Dispute de Lausanne, qui l’oppose, avec Calvin et Farel à des prêtres catholiques de la cathédrale. Nommé pasteur de la capitale vaudoise, Pierre Viret y exercera son ministère jusqu’en 1559.

Sa vision personnelle de la Réforme et son caractère entier lui valent d’entrer en conf lit avec les autorités locales bernoises. Si bien qu’il finit banni de sa ville et de son pays natal. Après deux ans passés à Genève, il part pour la France. Nîmes et Montpellier l’accueilleront ensuite avant que la reine de Navarre, Jeanne d’Albret, ne l’appelle à son service. C’est là qu’il écrira un monument de théologie «L’instruction chrétienne», avant d’y mourir au printemps 1571.

Pierre Burki, journaliste et théologien

 

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